LES MURS

LES MURS

Concevoir des œuvres dans une relation étroite à l’espace construit donne lieu parfois à des pratiques appliquées à même le mur. Dès les années 1960 les artistes trouvèrent dans les wall paintings une alternative au tableau, dépositaire d’une histoire pluriséculaire. En contrepoint aux pièces mobiles présentées dans les stands, quatre compositions all over monumentales, confiées à quatre artistes suisses, sont développées sur les murs Nord et Sud de la nef du Grand Palais.

Renate Buser (*1961, Aarau) réalise des photographies monumentales offrant un regard décalé sur la spatialisation. Ayant étudié à Bâle et à Venise (1982-88), après avoir bénéficié de nombreuses résidences réalisées dès les années 1990 entre Paris, les Grisons (Suisse), Montréal, Berlin, ou Tokyo, elle vit et travaille actuellement à Bâle. Depuis 2011, elle voyage abondamment, à la recherche de bâtiments modernistes et brutalistes qu’elle documente par la photographie. Travaillant essentiellement sur l’architecture, elle s’inspire toujours d’éléments de constructions existants pour réaliser de grandes installations, placées de manière à questionner notre rapport à la réalité. De grand format, ses images installées sur des façades en extérieur jouent souvent avec des mises en abyme ou des trompe-l’œil. Certaines sont des œuvres pérennes (Bâle, Lausanne, Genève et Thoune en Suisse), d’autres répondent à des nécessités temporaires.
Pour la foire, Renate Buser révèle ce que dissimulent les murs aux extrémités des nefs latérales, jouant avec des séries d’escaliers dont le profil est accentué par des jeux d’ombres.

Projet soutenu par la Fondation Hans et René Müller-Meylan (Bâle), Fondation Ernst et Olga Gubler-Hablützel (Zurich)

Représenté par la Galerie C de Neuchâtel, Christian Gonzenbach(*1975, Genève) déroule sur le mur une collection de « choses humaines », objets insolites qui questionnent notre identité d’homo faber (l’homme qui fabrique). Au carrefour des sciences naturelles et des sciences artistiques, Gonzenbach œuvre comme un chercheur dont la production prend des formes aussi variables que les expérimentations qui jalonnent son parcours. Bien que pluriels, ses modes d’expression dénotent tous l’envie de comprendre notre monde par des voies peu conventionnelles et de le donner à voir autrement. Entre une observation quotidienne de la vie au sens large du terme, une curiosité insatiable, une imagination poétique et un besoin constant de renouvellement, son travail oscille parmi les registres humain, animal et végétal, mettant régulièrement en lumière l’humanité que l’on prête aux choses ou aux animaux, ou inversement l’animalité qui sommeille en nous. Après des études de biologie, Gonzenbach s’est tourné dès 1995 vers des études de céramique à Genève (où il vit et travaille) avant d’obtenir un Master of Art à Londres.



Depuis la fin du XIXe siècle, les progrès techniques ont fasciné l’être humain. Les machines sont devenues une source d’inspiration et un motif récurrent dans le champ artistique. Synonyme de progrès et de développement, la machine a été souvent magnifiée ; mais elle a également été jugée comme facteur d’asservissement. Depuis quelques années, Sébastien Mettraux (*1984, Vallorbe) – formé entre 2006 et 2012 à Lausanne et Genève – a décidé à son tour de célébrer la machine, à la suite de l’obtention de la bourse Leenaards. Moins pour la modernité que pour la curiosité que la machine suscite en lui. Moins pour en faire l’apologie ou la critique que pour dépeindre le paysage du Nord vaudois sous l’angle de son industrialisation. De Nespresso à l’industrie horlogère, les machines sont traitées de manière identique : décontextualisées, aux couleurs et formes inchangées, sans trace aucune de patine lissée dans une peinture à l’huile appliquée finement au pinceau. Ainsi, loin de la vision champêtre d’une campagne faite de routes sinueuses et de monts verdoyants, Mettraux traduit sur des toiles de grand format un patrimoine industriel omniprésent dans son pays (il vit et travaille à Vallorbe). Le projet est financé par Jaquemart Genève et Cité Gestion SA, Genève-Lausanne-Zürich.




Représenté par Mai 36 Galerie de Zurich, Christoph Rütimann (*1955, Zürich) vit et travaille à Müllheim en Turgovie (CH). Formé à Lucerne entre 1976 et 1980, il représente la Suisse à la Biennale de Venise en 1993. Qu’il pratique le dessin, la performance ou la vidéo, l’artiste s’intéresse au motif de la ligne. Peinte et juxtaposée dans un accrochage, celle-ci peut prendre la forme d’un tracé régulier, géométrique ou longer l’angle d’un mur et devenir sculpturale. Lorsque l’artiste a recours à l’appareil de photographie ou à la caméra, c’est au parcours de la ligne qu’il s’intéresse. L’installation photographique Chi ha detto che il giallo non è bello (« Qui a dit que le jaune n’était pas beau ») (1983/90) est constituée d’une série de photographies prises en mode automatique après que l’artiste a lancé l’appareil de photographie en l’air tout en courant le long d’une ligne prédéterminée. Avec la vidéo, il travaille en contraignant la caméra à suivre les lignes présentes dans l’architecture, telles que des corniches ou des rampes d’escaliers, produisant des images prédéterminées par une action et aléatoires dans leur résultat.

Christian Gonzenbach - Choses Humaines (installation) - courtesy Christian Gonzenbach & Galerie C (Neuchâtel), 2018
  • Christian Gonzenbach - Choses Humaines (installation) - courtesy Christian Gonzenbach & Galerie C (Neuchâtel), 2018
Renate Buser - Stairs - photographie murale, installation Grand Palais - Art Paris 2018
  • Renate Buser - Stairs - photographie murale, installation Grand Palais - Art Paris 2018
Sébastien Mettraux - Sans titre, huile sur toile 200x160 © photo: Claude Cortinovis, 2016
  • Sébastien Mettraux - Sans titre, huile sur toile 200x160 © photo: Claude Cortinovis, 2016
Christoph Rütimann, Chi ha detto che il giallo non è bello (Qui a dit que le jaune n'était pas beau) (1983/90),   projet installation in situ Grand Palais - 2018 - courtesy Christoph Rütimann & Galerie Mai 36 (Zürich)
  • Christoph Rütimann, Chi ha detto che il giallo non è bello (Qui a dit que le jaune n'était pas beau) (1983/90), projet installation in situ Grand Palais - 2018 - courtesy Christoph Rütimann & Galerie Mai 36 (Zürich)