LES MURS

LES MURS

Marcelo Brodsky

Poétique de la résistance, 2018
Installation in situ, photographies modifiées et inscriptions manuscrites, représenté par la galerie Artco, Aix-la-Chapelle

Au fil des ans, Marcelo Brodsky, né à Buenos Aires en 1954, a élaboré une poétique personnelle issue d’un dialogue entre le texte et l’image. Œuvrant au croisement des arts plastiques et du militantisme pour les droits de l’homme, il utilise des photographies d’archives en noir et blanc qu’il annote et rehausse de couleurs pour faire ressortir les détails importants. Son but est de réveiller la mémoire collective et individuelle afin de transmettre un message de résistance capable de fédérer les êtres humains à travers le temps et l’espace.

Poétique de la résistance réunit deux œuvres majeures des années 2014 à 2019 : 1968, Le feu des idées, un ensemble de photographies d’archives des manifestations d’étudiants et d’ouvriers dans de nombreux pays en 1968, d’une part et, de l’autre, une série consacrée à la décolonisation en Afrique et à la transition vers l’indépendance dans la seconde moitié du XXe siècle. En nous montrant des images de traumatismes passés, Marcelo Brodsky combat le fatalisme qui nous empêche trop souvent de résister, de passer à l’action constructive et de participer aux révolutions, petites et grandes, qui surviennent tous les jours aux quatre coins du monde. La galerie Artco publie un catalogue complet de la Poétique de la résistance pour accompagner l’exposition à Art Paris. VL


Ricardo Rendón

Somos constelaciones (Nous sommes des constellations), 2018
Installation in situ, câble en acier, contrepoids en laiton et poulies, représenté par la galerie Wenger, Zurich

Ricardo Rendón (né à Mexico en 1970) allie à parts égales la matérialité physique et l’abstraction intellectuelle. Sa démarche créative se fonde sur l’attention au matériau et sur un savoir-faire artisanal confirmé par de longues années de pratique, alors que son art se nourrit d’une investigation sur les lois qui régissent l’univers : la gravité, les propriétés de la matière et de la lumière. L’artiste pousse à ses limites la substance matérielle de l’œuvre, dont il met à mal la traditionnelle stabilité en optant pour les assemblages transformables. L’installation Nous sommes des constellations qu’il a créée pour Art Paris exploite la pesanteur newtonienne. Les éléments abstraits y composent une configuration stellaire sous l’action d’un contrepoids en laiton et de poulies insérées dans le mur, qui maintiennent le câble en tension par l’équilibre exact des masses et du vide. Les Constellations de Ricardo Rendón procèdent d’une opération manuelle comparable au tissage. Mais, comme l’indique le titre, leur nature même convie à une réflexion sur l’espace qu’elles occupent (ou que nous occupons) dans la cartographie de l’univers.

« Finalement, rappelle l’artiste, nous sommes faits de la même matière que les étoiles. » VL


Stinkfish

Sans titre, 2018
Graffiti in situ, peinture aérosol, représenté par la galerie Ernst Hilger, Vienne

Stinkfish est né au Mexique, mais il a grandi à Bogota où, encore adolescent, il adopte la signature Stink (« puant »), bientôt associée à fish (« poisson »). Après une formation de graphiste, il peint ses premiers graffitis dans les rues de la capitale colombienne dès le début des années 2000. Pour Stinkfish, « le vrai graffiti ne peut exister que dans la rue » et il constitue par nature un geste politique résultant de l’appropriation illégale d’un espace privé ou public. Ce n’est pas du tout incompatible avec le statut d’artiste plasticien, précise-t-il, car « le street art fait l’objet d’une forte demande commerciale. Nous vivons dans un monde capitaliste. Ce système englobe tous les domaines, y compris le street art. »

À partir des photographies d’anonymes qu’il prend à leur insu, à Bogota ou lors de ses voyages à l’étranger, Stinkfish confectionne les grands pochoirs en carton dont il se sert pour peindre à la bombe et au pinceau des images, en leur ajoutant parfois des assemblages de matériaux divers.

Pour Art Paris, il a conçu une fresque in situ de onze mètres de long représentant une personne photographiée en Colombie, qui ne sera pas dévoilée avant le vernissage. « Certains graffeurs peignent des portraits de Donald Trump ou de Hillary Clinton sur les murs, explique-t-il. Moi, je m’intéresse davantage à tous ces gens qui se fondent dans la multitude. ».

L’art de Stinkfish contribue à une meilleure appréhension planétaire de la diversité et de la singularité des populations en soulignant leur humanité commune. C’est bel et bien un acte politique. VL