Pour le retour au Grand Palais, Art Paris présente une sélection de 26 Solo Show. Disséminées au sein de la foire, ces expositions individuelles permettent au public de découvrir ou redécouvrir en profondeur le travail d’artistes modernes, contemporains, ou émergents.
Parmi les figures historiques, la Galerie Claude Lemand remet en lumière l’œuvre « transfigurative » entre Moyen-Orient et Occident de Shafic Abboud (1926-2004). Ce peintre libanais lié à la Nouvelle école de Paris fut l’une des rares artistes du monde arabe à participer en 1959 à la Première Biennale de Paris. De son côté, Oniris.Art rend hommage à Vera Molnár (1924-2023) à travers une présentation monographique illustrant son rapport à la géométrie abstraite mais également aux dessins d’ordinateurs des années 1970, ancêtres des NFT modernes. La Galerie Ritsch-Fisch dédie son stand au travail d’A.C.M. (1951-2023), artiste autodidacte connu pour ses œuvres réalisées à partir de matériaux détournés. Celui-ci explore les limites de la forme et de la texture, en s’inscrivant dans une réflexion entre art brut et art contemporain. La Galerie Ditesheim & Maffei Fine Art évoque, à travers une sélection de dessins, pastels et peintures, la mémoire de l’artiste américain Irving Petlin (1934-2018) qui développa à partir des années 1960 une figuration d’esprit symboliste inspirée par Munch, Van Gogh et Odilon Redon.
Du côté des contemporains, la Galerie Françoise Livinec met en avant les œuvres récentes de Loïc Le Groumellec (1957). Cette figure incontournable de la scène française explore sans relâche les motifs de la croix, du menhir et de la maison au sein de compositions empreintes de monumentalité silencieuse et énigmatique.
Le textile comme moyen d’articuler un langage féminin est au cœur du travail d’Emma Talbot (1969). Présentée par la Mucciaccia Gallery, l’artiste britannique, lauréate du prix Max Mara pour les femmes en 2020 a été sélectionnée à la 59e Biennale de Venise en 2022. Celle-ci montre à Art Paris un ensemble de dessins, de peintures sur soie, et de sculptures dans lequel le langage féminin se matérialise par des figures simplifiées, des motifs mythologiques, des suggestions intimes et des évocations rythmiques
Lauréat du Prix de la jeune peinture belge en 1999, Gauthier Hubert (1967) décline à la Galerie Irène Laub une galerie de portraits à la fois satiriques et énigmatiques traités dans des aplats de couleurs franches et vibrantes, tandis qu’Enki Bilal (1951), auteur de bande dessinée et réalisateur français, dévoile à la Galerie Barbier, une sélection de planches originales issues de sa série récente « Bug » qui traite de l’hybridation des corps.
Intitulée Nature cinétique ou cinétisme organique ?, l’exposition individuelle dédiée à Claudia Lavegas (1968) par la Galerie Wagner se présente comme un manifeste à la fois architectural, environnemental et spirituel. L’artiste vénézuélienne réalise avec des matériaux organiques tels que le raphia des compositions géométriques circulaires inspirées des « churuatas » (habitations de forme ronde avec toit conique) des indiens d’Amazonie sur lesquelles elle dépose des milliers de lignes à l'acrylique, comme autant de sillons de couleurs minérales en lien avec le territoire, son relief et son histoire.
Au sein du secteur Promesses, dédié à la création émergente, la veine figurative actuelle se retrouve chez l’artiste singapourien Israfil Ridhwan (Cuturi Gallery) avec ses peintures de moments simples et intimes, entre introspection personnelle et narration émotionnelle ; chez le costaricain Luciano Goizueta (La Galería Rebelde) qui s’attache à la représentation du paysage, en jouant avec la couleur et la lumière, le réalisme et l’abstraction, la géographie et la temporalité du voyage ; ou encore chez le peintre chinois Killion Huang (Edji Gallery) à travers une installation monumentale alternant 25 œuvres sur papier et 25 miroirs qui souligne la performativité des réseaux sociaux où des moments prétendument intimes – mais le plus souvent minutieusement mis en scène. La question du corps et de la nature est au centre du travail de Katia Bourdarel toujours sous-tendue par une dimension mytho-poétique qui fait l’objet d’une présentation monographique à la Galerie Renard Hacker dans le cadre du focus thématique Immortelle : un regard sur la peinture figurative en France.
La peau de l'ours (Bruxelles) met en lumière la série « The Dreamer » de l’artiste français Yoann Estevenin qui se déploie sur différents supports, céramiques, dessins au pastel et peintures sur bois peintes, entre fascination pour l'étrange et rituel festif. 22,48 m2 (Romainville) propose un solo show du peintre italien Marco Emmanuele. Entre figuration et abstraction, celui-ci expérimente des matériaux comme du sable, de la poudre de verre et de la colle de peau de lapin afin d’enrichir son approche du paysage. Tomas Umrian Contemporary (Bratislava) met l’accent sur l’œuvre de l’artiste slovaque Lucia Tallova qui se compose de meubles d’occasion, d’objets chinés, de peintures à l’encre, de photographies anciennes et de collages d’images. De nouvelles histoires, aussi bien fictionnelles que réelles, naissent de cet assemblage, qui insufflent une nouvelle vie au support photographique et aux objets. C+N Gallery Canepaneri (Gènes, Milan) dédie ses cimaises aux sculptures réalisées à partir de rebuts dérivés de dispositifs électroniques de l’artiste française Gillian Brett, Prix Révélations Emerige–Villa Noailles en 2022 pour ses recherches sur les relations entre nature, culture et technologies contemporaines.
Salon H (Paris) a souhaité réaliser un focus sur Felipe Rezende, figure montante de l’art contemporain brésilien. À travers ses peintures et dessins réalisés sur des bâches de camions, l’artiste brésilien élabore des arrangements narratifs subtils à la fois politiques et poétiques. Enfin, Chiguer art contemporain (Montréal, Québec) dévoile les dessins et sculptures de l’artiste inuit Pitseolak Qimirpik imprégnés de culture chamanique.
Des solo show dédiés à de nouveaux talents sont également visibles dans le secteur général de la foire.
Continuateur de l’esthétique relationnelle, l’artiste américano-cubain Rafael Domenech a imaginé de transformer le stand de la 193 Gallery en une bibliothèque virtuelle. Le projet comprend le mobilier (table, banc, tabouret, lampe) et un groupe de livres-peintures, des objets que l’artiste confectionne à partir de matériaux et de photographies prises dans la ville dans laquelle il se trouve et qui se déploient comme un livre que le spectateur peut activer.
La Galerie Clémentine de la Féronnière consacre son stand à Jesse Willems. Fort d’une expérience de photographe et de collagiste, l’artiste belge propose une synthèse originale en « emballant » ses tirages, préalablement découpés, dans des papiers chinés puis en recomposant tel un puzzle la forme initiale de l’image selon des motifs géométriques. Les peintures de l’artiste suisse Mattania Bösiger, à qui la Galerie Fabienne Levy dédie son stand, mettent en scène des objets du quotidien peints à partir de diverses sources d’images (images en ligne, scans 3D, visuels générés par l’IA…), brouillant les lignes entre le réel et l’artificiel.
À la Galerie Maria Lund, le solo show de Marlon Wobst intitulé Plouf, Platsch, Splash représente des corps en flottaison qui se déclinent sous la forme de peintures, sculptures en céramique et tapisseries en laine feutrée, entre avènement et disparition de la figure humaine, tandis qu’à la Galerie Capazza, Anaïs Lelièvre, artiste en résidence à Poush, propose de créer une installation multidimensionnelle qui mêle le dessin et la céramique évoquant un paysage fragmentaire nourri de la mémoire des lieux traversés par l’artiste.
Enfin, la présence australienne s’illustre avec Clara Adolphs qui présente chez Chalk Horse (Sydney) un nouveau corpus de travaux sur papier s’inspirant de photographies trouvées, explorant la notion de temps et de mémoire, tandis que l’artiste aborigène Naomi Hobson dévoile chez Rebecca Hossack Art Gallery (Londres) ses compositions abstraites colorées inspirées par les terres traditionnelles de ses ancêtres dans le Queensland.
Artistes en solo show :
A.C.M. (1951-2023) – Galerie Ritsch-Fisch, Strasbourg
Shafic Abboud (1926-2004) – Galerie Claude Lemand, Paris
Clara Adolphs (1985) – Chalk Horse, Sydney
Enki Bilal (1951) – Galerie Barbier, Paris
Mattania Bösiger (1991) – Fabienne Levy, Lausanne / Genève
Katia Bourdarel (1969) – Galerie Renard Hacker, Lille
Gillian Brett (1990) – C+N Gallery Canepaneri, Milan / Gênes
Rafael Domenech (1989) – 193 Gallery, Paris
Marco Emmanuele (1986) – 22,48 m2, Romainville
Yoann Estevenin (1992) – La Peau de l'Ours, Bruxelles
Luciano Goizueta (1982) – La Galería Rebelde, Guatemala City
Naomi Hobson (1976) – Rebecca Hossack Art Gallery, Londres / Miami
Killion Huang (1999) – Edji Gallery, Bruxelles
Gauthier Hubert (1967) – Galerie Irène Laub, Bruxelles
Claudia Lavegas (1968) – Galerie Wagner, Paris
Anaïs Lelièvre (1982) – Galerie Capazza, Nançay
Loïc Le Groumellec (1957) – Galerie Françoise Livinec, Paris, Huelgoat
Vera Molnár (1924-2023) – Oniris.Art, Rennes
Irving Petlin (1934-2018) – Galerie Ditesheim & Maffei Fine Art, Neuchâtel
Pitseolak Qimirpik (1986) – Chiguer art contemporain, Montréal / Ville de Québec
Felipe Rezende (1994) – Salon H, Paris
Israfil Ridhwan (1999) – Cuturi Gallery, Singapour
Emma Talbot (1969) – Mucciaccia Gallery, Rome / Londres / Singapour
Lucia Tallova (1985) – Tomas Umrian Contemporary, Bratislava / Paris
Jesse Willems (1984) – Galerie Clémentine de la Féronnière, Paris
Marlon Wobst (1980) – Galerie Maria Lund, Paris